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    01/04/2025

    Il a écopé de huit mois de prison avec sursis simple et un an d’inéligibilité

    Avant le RN et sa condamnation, Julien Odoul était centriste… enfin surtout carriériste

    Par Daphné Deschamps

    Avant d’être député RN de l’Yonne, ou d’être condamné pour recel de détournement de fonds publics, Julien Odoul a commencé sa carrière politique au centre droit. Une carrière marquée par l’opportunisme, selon ceux qui l’ont croisé.

    Ce n’était pas le nom et la condamnation la plus attendue du lot, mais celle de Julien Odoul a été prononcée comme les autres par la justice dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national ce 31 mars : huit mois de prison avec sursis simple et un an d’inéligibilité. Un coup pour la carrière de l’élu Rassemblement national (RN), déjà bien longue alors qu’il n’a pas encore quarante ans. Selon certains articles de presse ou sa page Wikipedia, celle-ci aurait commencé au Parti socialiste entre 2006 et 2007, apparemment pour soutenir la candidature de Laurent Fabius à la présidentielle. Une histoire qui ne repose sur pas grand-chose : aucun fabusien de l’époque ne se souvient avoir croisé le député lepéniste de l’Yonne dans les rangs du PS ou du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). « Il a probablement pris sa carte pour voter Fabius, sans jamais vraiment militer », souffle un cadre du MJS de l’époque. L’intéressé l’affirme même lui-même : « Je n’ai aucun parcours politique à gauche », écrit Julien Odoul à StreetPress. Et ajoute : « Tous les articles à ce sujet prennent Wikipedia pour argent comptant. » Par contre, Julien Odoul est bien passé au centre-droit, d’abord adhérent du Nouveau centre, puis de l’Union des démocrates et indépendants (UDI). C’est là qu’il devient collaborateur d’André Santini, député-maire d’Issy-les-Moulineaux (92), avant de devenir secrétaire du groupe UDI-UMP au Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

    Il n’y marque que peu les esprits. « Je le connais très peu, je n’ai pas beaucoup travaillé avec lui », explique l’un des élus du groupe à l’époque. « J’ai bien senti qu’il avait de l’ambition », se souvient Élisa Carcillo, élue UMP au Conseil général de la Seine-Saint-Denis. « Nous n’avons jamais beaucoup discuté, nous avons eu chacun nos choix, ce que je respecte, mais qui renforce les batailles politiques. » Tous les anciens élus du groupe UDI-UMP ont cependant été surpris, voire « choqués » du passage d’Odoul au Front national en 2014. « Il y a un fossé entre l’UDI et le FN, et encore plus à l’époque », souffle l’un d’entre eux. « Des gens qui sont passés de l’UDI au FN, je n’en connais pas d’autres », affirme Jean-Christophe Lagarde, ex-président du mouvement centriste et ancien maire de Drancy (93), aujourd’hui remplacé par sa femme. L’homme politique, qui a été condamné à deux ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics, dresse le CV de l’ancien collab’ :

    « Quand je l’ai connu vers 2009-2010, il traînait dans l’entourage d’Hervé Morin, au Nouveau centre, il était plus ou moins collaborateur. On ne savait même pas vraiment ce qu’il faisait professionnellement. »

    « Il m’a toujours semblé vouloir être proche du pouvoir »

    Recruté à l’UDI, Julien Odoul « penche plutôt » vers les idées de Lagarde, qui a alors davantage le vent en poupe. Un « militant lambda » selon l’édile, quoique « peut-être un peu courageux » : « À une université d’été, il s’était pointé avec un t-shirt provocateur contre Morin, un truc moulant avec un flocage qui avait ému son entourage. C’est là que je me suis dit qu’il était peut-être intéressant. »

    Au Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Julien Odoul « fait son travail, discrètement », selon les élus avec qui il bosse. « Je le voyais bien collaborateur, mais il ne donnait pas du tout l’impression d’avoir envie d’être élu à l’époque », se souvient Jean-Christophe Lagarde :

    « Il m’a toujours semblé vouloir être proche du pouvoir et de ceux qui l’exercent, mais pas d’en faire partie. »

    En 2014, Julien Odoul se rapproche du Front national. « Il s’est fait des amis dans l’entourage “dédiabolisé” de Marine Le Pen, dont Sébastien Chenu, qui y est aussi allé par arrivisme », affirme Lagarde. « Il a vite démissionné, c’était très soudain. Je ne crois pas que qui que ce soit de sa génération à l’UDI n’ai gardé contact. » Le côté ambitieux, « carriériste », voire « opportuniste » de Julien Odoul semblait toutefois déjà se percevoir avant son passage au FN. Selon Franc-Tireur, le journal d’opinion de Caroline Fourest, après l’élection de François Hollande, Odoul s’était apparemment rappelé de son premier cartage politique au PS, et avait tenté d’obtenir un poste en cabinet ministériel. Sans succès à gauche, ni succès électoral au centre – il avait obtenu 1,6% des voix seulement aux législatives de 2012 sous l’étiquette UDI dans le Val-de-Marne –, Julien Odoul a finalement trouvé un boulevard au Front national, où il multiplie depuis les saillies islamophobes. C’est d’ailleurs comme ça que Jean-Christophe Lagarde a eu de ses nouvelles pour la première fois après son départ de l’UDI :

    « J’ai découvert qu’il était au Conseil régional de Bourgogne quand il a humilié publiquement une femme voilée en pleine séance. Je me suis dit qu’il avait bien changé… »

    Contacté, Julien Odoul a commencé à nous répondre par mail avant de ne plus donner suite à nos sollicitations. André Santini n’a de son côté pas souhaité répondre à notre demande d’entretien.

    Julien Odoul a fait appel de la décision, il est donc présumé innocent.

    Photo d’illustration de Une prise par Yann Castanier en 2021, lors de la campagne des élections régionales.

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