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    18/02/2025

    Strasbourg, Toulouse, Caen, Saint-Etienne…

    Épidémie de saluts nazis à l’UNI, le syndicat qui fournit des troupes à la droite ou au RN

    Par Léa Gasquet

    Depuis début février, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux montrent des militants du syndicat étudiant l’UNI faire des saluts nazis ou être en relation avec des groupuscules néofascistes dans plusieurs villes de France.

    Strasbourg, Toulouse, Caen, mais aussi Saint-Etienne, Rennes ou Nantes… Depuis début février, de nombreux témoignages et photos montrent des militants du syndicat de l’Union nationale inter-universitaire (UNI) en train d’effectuer des saluts fascistes, comme à l’université de Caen, le 11 février. La scène se déroule durant une manifestation contre l’austérité sur le campus. « Avec des camarades, on voit un type bizarre avec une veste orange qui nous suit et se cache pour nous filmer », raconte Cole (1), l’auteur d’une vidéo publiée par Caen Antifa, un collectif antifasciste normand. Il poursuit :

    « Quand on arrive dans le bâtiment de Droit, je me mets à l’arrière du cortège et je commence à le filmer aussi. Le mec s’agace et nous fait des doigts d’honneur. Et d’un coup, un salut nazi ! On était super choqués. »

    Sur la vidéo que lui montre Cole, Mathis, un étudiant militant au syndicat Solidaires, reconnaît le jeune homme qu’il a invité à quitter l’assemblée générale, la veille. « On les avait repéré : lui, qu’on avait déjà vu avec l’UNI, et une membre de la Cocarde étudiante. Je suis allé le voir, et il m’a confirmé qu’il était à l’UNI. On leur a demandé de partir. » Une photo qui date de décembre 2024 le montre à table, lors de l’apéro de Noël organisé par l’UNI-Caen pour ses militants. Le syndicat qui dément compter le jeune homme parmi ses adhérents a pris soin de supprimer la photo en question de son compte Instagram. Visiblement sous pression, l’auteur du salut nazi s’est dénoncé, vendredi, auprès de la direction de l’université. D’après France Bleu Normandie, qui a pu consulter son mail, le jeune homme est étudiant à l’École nationale supérieure d’ingénieurs de Caen, située à quelques kilomètres. Il affirme être venu sur le campus « pour se renseigner d’un éventuel blocage de prévu » et avoir voulu « attirer l’attention d’une connaissance » dans la foule. « C’est ridicule », s’agace Anaïs, présente dans le cortège ce mardi :

    « Il n’y avait que des manifestants et on lui disait de partir ! »

    Contacté par StreetPress, l’UNI a indiqué condamner « fermement ce geste » et assure qu’il ne serait « en aucun cas un militant ni un adhérent » de la section de Caen. Le syndicat promet que l’accès à leur événement lui « sera interdit ».

    Suspension à Strasbourg et exclusion à Saint-Etienne

    Ironie du sort, le 13 février 2025, l’UNI a suspendu plusieurs militants strasbourgeois et affirmé « son combat constant » contre l’antisémitisme. En cause, la révélation par le collectif Golem d’un jeu raciste et antisémite à base de photos qui impliquent Mathis Gachon, délégué national, Samy Amokrane et Vivien Boresy, respectivement président et vice-président de la section locale. Ce dernier est également assistant d’une eurodéputée du Rassemblement national. Dans Libération, l’eurodéputée affirme que son assistant parlementaire lui assure que les cartes en question seraient des « montages hostiles visant à nuire à l’UNI ». « Si l’enquête aboutit à la culpabilité de mon assistant, il sera licencié », a-t-elle répondu. Malgré la suspension « préventive » de ses militants, l’UNI a parlé d’un « montage grossier » et d’une « fake news ». Le syndicat a annoncé déposer une plainte. Mais selon le média Rue89 Strasbourg, les cartes sont apparues dans un groupe Snapchat composés de membres de l’UNI et nommé « Pragues ». Libération affirme de son côté que Samy Amokrane serait un des auteurs des montages antisémites.


    Le communiqué de l’UNI n’évoque cependant pas du tout un autre salut nazi d’un militant strasbourgeois, Josselin H. Dans une vidéo d’octobre 2023, révélée la semaine dernière, le vingtenaire blond apparaît en imper belge, le bras tendu et scandant « Heil Hitler ! ». La section locale a eu beau démentir l’appartenance du militant à l’UNI, des photos de ce dernier collant des affiches du syndicat en compagnie d’autres militants et des messages ont attesté de son engagement au sein de l’organisation étudiante. Membre de l’UNI Strasbourg à partir de février 2023, Josselin H. finit par quitter la branche strasbourgeoise du syndicat de lui-même en octobre pour des divergences politiques internes selon Libération. Contacté par le journal, il dit aujourd’hui « regretter » son geste de l’époque et chercher à « étudier paisiblement ».

    En mars 2024, à la bibliothèque universitaire de Saint-Etienne, un groupe d’étudiants, dont certains affiliés à l’UNI, se met en scène devant un drapeau de la France. « Ils étaient dans une petite salle réservée pour les travaux de groupe et ils avaient accroché le drapeau au mur », se souvient Clara (1) une étudiante qui a assisté à la scène :

    « L’un d’eux qui portrait un très gros crucifix a fait un salut nazi. Les autres regardaient, ils semblaient s’amuser. »

    L’auteur du geste, Mario M., est étudiant en histoire et a affiché sa sympathie pour Eric Zemmour sur Linkedin. Alertée par des salariés de la bibliothèque, la direction de l’Université annonce trois semaines plus tard avoir déposé un signalement auprès du Procureur. Mais il a fallu attendre la rentrée suivante pour qu’une enquête disciplinaire soit ouverte, suite à l’insistance du syndicat Ose CGT. Mario M. aurait depuis été exclu temporairement de l’université. Toujours en communication de crise, l’UNI répond que le militant « ne fait pas et n’a jamais fait partie » de leurs rangs, sans remettre en question le fait qu’au moins un membre de l’UNI était autour de lui et n’a pas réagi au salut nazi.

    Salut nazi à Toulouse, proximité avec des néofascistes à Rennes et Nantes

    Même scénario à Toulouse où le collectif Toulouse insurgée a exhumé sur ses réseaux le 11 février, une photo récupérée sur le réseau social BeReal l’an dernier. Dans le local syndical du campus Toulouse Capitole, on y voit Alexandre O., étudiant en deuxième année de Droit, faire un salut fasciste en présence d’autres militants de l’UNI. Contacté, Alexandre O. assure à StreetPress qu’il s’agissait d’un… « salut scout appelé “salut brandi” », qu’il a effectué car il montrait « les différents types de salut scout à un ami ». Des explications qui n’auraient pas été suffisantes pour l’UNI, qui a condamné le geste et indique l’avoir « exclu » après ces faits. Victor B., représentant au parlement de l’Université et militant au Rassemblement national de la jeunesse (RNJ) de Haute-Garonne et à l’UNI était également dans la pièce et n’évoque pas de salut scout. « Je ne cautionne absolument pas. J’étais partisan du fait qu’il se fasse virer après [le salut fasciste] », lâche Victor B. Alexandre O. certifie de son côté avoir démissionné de lui-même car il ne souhaitait pas « entacher l’image de la section ». Raté.

    L’UNI de Toulouse a surtout dénoncé des agressions subies par leurs membres venus tracter au cours de la semaine sur le campus du Mirail, dans le cadre d’élections étudiantes. « Il savent très bien que c’est de la provocation de venir tracter au Mirail, le campus a toujours été à gauche. Ils se sont fait refouler au niveau du métro et ils ont porté plainte contre un militant du collectif Le Poing Levé qui n’était même pas présent sur le campus ce jour-là », explique un doctorant, membre de Toulouse insurgée. La publication montrait également une proximité de la section locale avec le groupe identitaire violent Furie française.

    Des étudiants de Rennes puis de Nantes ont à leur tour dénoncé la proximité de représentants et de sympathisants de l’UNI avec des groupuscules néonazis comme l’Oriflamme et les Active clubs. « Nous ne contrôlons pas les adhésions politiques de nos membres et des personnes présentes à nos évènements », répond l’UNI à StreetPress. Face à l’ensemble de ces faits et ces relations avec l’extrême droite, l’organisation affirme être « toujours une organisation étudiante de droite ». Le syndicat étudiant, historiquement gaulliste tendance Service d’action civique (SAC), qui a longtemps fourni des cadres aux partis successifs de la droite républicaine (RPR, UMP puis LR), a vu ses militants s’engager progressivement au Rassemblement national ou à Reconquête, le parti d’Eric Zemmour.

    (1) Le prénom a été modifié.

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